Notre histoire

C’est de 1683 que date le premier document concernant la présence de protestants à Cernay. A cette époque, on défendait aux Suisses calvinistes de s’établir dans cette ville.
C’est l’industrie qui amena, comme dans la plupart de nos paroisses réformées du Haut-Rhin, les premiers protestants à Cernay. Mais ici ce ne fut pas l’industrie textile, mais la fabrication du papier, longtemps prospère dans cette ville.

En 1761, le bâlois Emmanuel Heussler, protestant, obtint pour la première fois le droit de résidence à Cernay. Il fonde une papeterie et y occupe des ouvriers protestants. L’usine passa bientôt aux mains des frères Faellma de Wasselonne qui, également protestants, amenèrent des correligionnaires.
Le nombre des protestants fut encore renforcé lorsque le textile s’installa à Cernay. Jean-Jacques Witz, de Mulhouse, et son associé Henri Arnold, de Hambourg, y fondèrent une usine d’impression. Les patrons étant protestants, les ouvriers protestants arrivèrent nombreux. Cette infiltration de réformés dans cette ville qui, jusqu’alors, était exclusivement catholique, à l’exception de quelques familles israélites, ne fut pas, au début, vue d’un bon œil. Mais leur ardeur au travail, leurs qualités morales et la prospérité qu’ils contribuèrent à amener dans la cité, réussirent à vaincre tous les préjugés. Jean-Jacques Zurcher gagna même à tel point la confiance des habitants de Cernay qu’ils l’élirent maire en 1815. Il le resta pendant 15 ans.

Le premier lieu de culte

Au commencement, les protestants dépendaient de l’Eglise Réformée de Mulhouse. Mais la distance était trop grande et les visites pastorales trop espacées. Les protestants désiraient se grouper autrement que pour de petits cultes à domicile.
En 1821, quelques réformés de Cernay et de Thann se réunirent chez Robert Bovet, fabricant d’indiennes à Vieux-Thann, pour examiner la situation religieuse. En 1826, un local fut loué au numéro 5 de la rue de la Croix l’actuelle rue du Vieil-Armand. Au premier étage logeait le sacristain. Le rezde-chaussée fut transformé en salle de culte et garni d’une chaire et de bancs.

Petit à petit furent acquis une table de communion et des fonds baptismaux utilisés jusqu’en 1905. La paroisse de Cernay se rattachait à la paroisse de Thann dont le pasteur Frédéric Morel venait présider le culte.

La fondation de la paroisse

Le 2 juillet 1825, une pétition portant 225 signatures fut adressée au président du consistoire de Mulhouse, demandant la création d’une paroisse et la nomination d’un pasteur. Transmise au gouvernement, elle fut agréée et le 1er mars 1826 est à considérer comme la date de la fondation de la paroisse réformée de Cernay. Son premier pasteur fut Jérémie Meyer, un poète doué qui fit paraître plusieurs recueils de poésies “Stimmen aus Hellas”, “Stimmen aus Frankreich”. Il versifiait aussi en alsacien. Tombé malade, il fut remplacé après 10 ans de pastorat par Charles Zang.

En 1841, un incendie éclata chez le sacristain, puis dans la maison voisine. La communauté s’étant agrandie -elle comptait alors 800 personnes- le local devint trop petit et, en 1842, il fut décidé de conserver l’emplacement pour la construction d’un temple. L’ancien lieu de réunion fut transformé et agrandi en y mettant des tribunes et, sur la façade, une tourelle abritant des cloches.

La première église de 1843


C’est sur cet emplacement que fut érigé le premier temple, d’après les plans de l’architecte départemental Lejeune. Il contenait 280 sièges. Son inauguration eut lieu le 17 décembre 1843. Il fut payé uniquement par des dons des paroissiens, ce qui témoigne de leur grand esprit de sacrifice. Ni la ville, ni le gouvernement ne donnèrent la moindre subvention. Les réformés de Cernay s’y réunirent pendant 63 ans.

L’ancien temple, vue prise en 1902

La deuxième église de 1906

En 1900, le Conseil presbytéral, placé devant l’alternative de faire de grandes réparations, fort coûteuses, dues à l’humidité et à l’instabilité du terrain ou d’ériger un nouveau temple, avec presbytère et lieux de réunion, comme l’exigeait le développement d’une paroisse moderne, se rallia à l’idée d’une nouvelle construction. L’emplacement fut bientôt trouvé, grâce au pasteur Henri Schoen qui céda un vaste terrain qu’il possédait route de Colmar. Des 18 pasteurs qui ont desservi la paroisse depuis sa fondation jusqu’à nos jours, c’est le pasteur Schoen qui a exercé le plus long ministère : 40 ans. Il ne put finalement le remplir qu’à l’aide de vicaires, d’autant plus qu’il fut atteint vers la fin de sa vie de cécité complète.
La vie de la paroisse exigeait impérieusement son remplacement par une force jeune et dynamique. Elle fut trouvée en la personne de pasteur Charles Wolff, vicaire et gendre du pasteur Orth de l’église Saint-Paul à Mulhouse. Il prit énergiquement en main la construction du temple.


Le nouvel édifice fut mis en chantier en juillet 1904 et achevé en 1906, d’après les plans des architectes Seltzer et Schulé de Mulhouse, dans un style apparenté à celui des églises de la Suisse romande. Le temple a coûté 60.000 Marks, le presbytère et le foyer 38.000, somme réunie parmi les paroissiens, les amis de la paroisse et grâce à quelques subventions. Le nouvel ensemble fut inauguré le 20 mai 1906 avec ses trois cloches et ses orgues.

L’ensemble paroissial en 1906

Au cours de son message, le pasteur Kuntz, de Dornach montra que si beaucoup de fidèles avaient contribué à construire cet édifice, ils devaient être aussi nombreux à édifier la maison spirituelle dont parle l’apôtre Pierre (I Pierre 2, 4 et 5) : “… Ce n’est pas en cultivant la seule vie intérieure ou en la protégeant contre le moindre courant d’air, que tu contribueras à la construction de la maison de Dieu. Quel curieux édifice cela donnerait si chaque ouvrier y travaillait pour lui seul sans égards pour les autres … Vous devez vous édifier mutuellement, vous aider les uns les autres, vous intégrer dans la construction comme des pierres vivantes …”
L’ancien temple fut démoli en 1907 et le terrain vendu.

Nous ne pouvons parler de cette bâtisse sans nommer M. et Mme Henri Thierry-Mieg de Bary, qui aidèrent non seulement avec une grande générosité à financer ces dépenses considérables, mais qui firent réellement leur affaire de la construction de l’église, du presbytère et du foyer attenant. On a ainsi pu dire que M. Thierry Mieg avait personnellement surveillé la mise en place de chaque pierre.

La paroisse prit un nouvel essor lorsqu’elle fut brusquement privée de son conducteur spirituel. Pendant ses vacances au mois d’août 1908, le pasteur Charles Wolff fit une chute mortelle lors d’une ascension du Gabelhorn, près de Zermatt, laissant une veuve et trois enfants en bas âge. Pour lui succéder, on adressa un appel au pasteur Paul Kopp, qui desservait alors la paroisse réformée de Villé-Climont. Il augmenta le rayon d’action de la paroisse en y englobant le territoire des mines de potasse, fraîchement exploitées. Il inaugura le premier culte réformé de Wittelsheim, le 1er décembre 1912 dans une salle près du puits Amélie I, que la direction des mines avait aménagée à ses frais.

La guerre 1914 – 1918

Hélas, le lieu de culte tout neuf ne devait pas tenir très longtemps. Huit ans après son achèvement éclate la première guerre mondiale. Cernay fut une des villes d’Alsace les plus touchées. Située, dès le début des hostilités sur la ligne de feu, elle fut presque entièrement détruite.


Du temple ne restèrent debout que la tour vidée de ses trois cloches et de son horloge, et quelques murs calcinés. Le presbytère fut moins touché mais complètement pillé. Le foyer, fortement endommagé, subit le même triste sort. Voici ce qu’écrit le pasteur Kopp : “C’était à Noël 1914. La veillée avait été calme et paisible. Au matin de Noël également, le bruit démoniaque des canons se tut. L’église était bondée. Chacun ressentait le besoin, dans ces temps difficiles, d’être relié à Dieu et de le remercier pour la lumière qui nous éclaire par l’étoile de Bethléem. … Le temple à la fin de la première guerre mondiale

Mais, le jour de Noël, peu après 14 heures, alors que nous commencions à garnir le grand sapin pour la fête des enfants, un terrible bombardement commença … A l’abri dans nos caves nous attendions la nuit avec angoisse … Le 1er janvier 1915 vint l’ordre d’évacuer la ville. Avant de la quitter, j’allais encore une fois dans notre église. Elle était presque intacte … Une balle avait touché le transparent de Noël ; la partie portant l’inscription “Paix sur la terre” était déchirée … Mais, à côté, s’élevait fièrement l’arbre de Noël, comme s’il voulait me consoler … Toute chose dure en son temps, mais l’amour de Dieu demeure pour l’éternité …”

Plus de 6000 personnes perdirent en une nuit leur avoir. L’accueil que Mulhouse fit aux réfugiés fut émouvant. Les protestants qui purent rester à Mulhouse furent réunis par leur pasteur en des cultes spéciaux à la salle Philippe de la Fraternité rue d’Alsace. Ils cessèrent lorsque M. Kopp fut nommé le 1er octobre 1916 pasteur-administrateur de Mulhouse-Dornach, tout en restant titulaire de Cernay, qu’il desservit en même temps que Dornach jusqu’au 1er octobre 1925.

Reconstruction

Les habitants reviennent petit à petit après la guerre et trouvent le temple en ruine. Seule la tour est épargnée. Dégarnie et à moitié pourrie, elle soutient encore la croix ! Le pasteur Kopp écrit ceci : “… Là même où nos belles chorales retentissaient, le vent sifflait sa glaciale chanson. A la place où nous baptisions les enfants, où nos confirmants et nos jeunes mariés venaient s’agenouiller, où nos morts étaient conduits … à cet endroit même poussaient les herbes folles ! … De cette ruine cependant surgissait la tour soutenant la croix … De la mort à la vie ! Tel était maintenant notre mot d’ordre. Et la promesse que l’Ecriture nous donnait, nous rendait la force de nous remettre ensemble au travail : “Dieu rebâtit Jérusalem. Il ramène les captifs de Sion. Il guérit les cœurs brisés et panse leurs blessures”.

Le 14 décembre 1919, M. Kopp peut, cependant, reprendre les cultes protestants à Cernay, provisoirement dans la salle à manger du presbytère, puis, à partir du 13 novembre 1921 dans la grande salle du foyer par la restauration de laquelle on avait commencé. Puis on se mit à la reconstruction du temple, œuvre absorbante où, encore une fois, M. Henri Thierry-Mieg fut un collaborateur des plus dévoués du pasteur.

Vint le grand jour de l’inauguration du temple reconstruit, le 12 juillet 1925. Il était l’exacte reproduction de l’église détruite et fut dotée d’un orgue pneumatique de Schwenkedel en 1926.
Le pasteur Kopp eut encore la grande joie de présider cette inauguration, puis il remit la direction de la paroisse entre les mains du pasteur Jacques Wolff, fils de son prédécesseur.

La deuxième guerre

On pensait que la paroisse si éprouvée qui avait dû -fait extrêmement rare- se réunir en l’espace de 20 ans dans trois églises différentes, connaîtrait une période de paix et de développement.
Ce fut le cas pendant les neuf années de l’activité du pasteur Jacques Wolff et les ministères des pasteurs Alfred Gschaedler, Roland Dubois et Roger Meyer lorsqu’éclata en 1939, la deuxième guerre mondiale. M. Meyer étant de suite mobilisé, la paroisse fut desservie par des aumôniers de passage, ou depuis Thann ou Mulhouse. Il en fut de même pour les protestants du bassin minier, auxquels la direction des mines prêta l’école maternelle d’Amélie I et auxquels la famille Haenni ouvrit fraternellement les portes de sa grande chambre du château de Staffelfelden.


Pendant les derniers combats de la libération, le plafond du temple fut crevé par un obus, non loin des orgues qui souffrirent des intempéries. Des réparations très importantes furent nécessaires au foyer, gravement endommagé par les faits de guerre et par le champignon qui s’y était installé.

Le temple à la fin de la seconde guerre mondiale

En avril 1945 le pasteur Armand Schulze prit en main la direction de la paroisse. Il y fut solennellement installé le 12 novembre 1950. Il y resta jusqu’à fin 1969. Ce furent ensuite les pasteurs Edouard de Robert, Bruno Holcroft et Thierry Muhlbach qui exercèrent leur ministère pastoral à Cernay et dans les villages alentour pour, selon la formule protestante “la gloire de Dieu et l’édification des hommes”.

En 1993, sous l’impulsion du pasteur Holcroft, le Conseil presbytéral décide de la rénovation globale de l’ensemble paroissial de Cernay. Les travaux s’étaleront jusqu’en 1996.

Temple, presbytère et foyer paroissial de Cernay aujourd’hui

La paroisse dans les annexes minières Wittelsheim et Staffelfelden

L’exploitation des mines de potasse au début du 20° siècle amène petit à petit des protestants dans le bassin potassique. Mais ce n’est qu’au cours du ministère du pasteur Kopp (1909-1925) qu’on signale les premiers actes pastoraux à Wittelsheim et Staffelfelden. Le premier culte eut lieu le 1 er décembre 1912.
De 1928 à 1945, les protestants de Wittelsheim célèbrent le culte dans le hall de l’école maternelle de la cité Amélie I, mis à leur disposition par les mines.En 1945, ils se réunissent dans la chapelle d’Amélie I, don du Conseil Œcuménique de Genève, et utilisée également par la CIMADE. C’était le premier bâtiment muni de vitres !


Les cultes y seront célébrés jusqu’à la construction d’une chapelle, appelée “Chapelle de l’Eau-Vive”, sur un terrain acquis en 1975. Le premier culte y est célébré en 1984, avec deux baptêmes d’adultes par immersion. En effet, on a installé dans cette chapelle, sous la table de communion, une petite piscine baptismale utilisable à cet effet. La chapelle de l’Eau-Vive à Wittelsheim

A Staffelfelden, les cultes ont lieu une fois par mois à partir de 1930 dans l’ancienne “ferme du château”, de 1945 à 1955 dans l’école, puis à la Maison des jeunes où le premier étage était réservé aux protestants, enfin, à partir de 1955, dans une nouvelle baraque installée dans la cité Rossalmend, place du Calife.

Depuis 1985, la fermeture progressive des mines de potasse a entraîné une crise de l’emploi, donc aussi une diminution et un vieillissement de la population protestante. La dernière mine en activité a été fermée en 2004.

Aujourd’hui, la paroisse célèbre le culte alternativement au temple de Cernay et à la chapelle de Wittelsheim.

Les pasteurs de Cernay

Frédéric MOREL 1821 – 1826
Jérémie MEYER 1827 – 1836
Charles ZANG 1836 – 1845
David STEINBRENNER 1845 – 1848
Ferdinand WEBER 1848 – 1849
Jean Frédéric KUSS 1850 – 1862
Henri SCHOEN 1862 – 1903
Charles WOLFF 1903 – 1908
Paul KOPP 1909 – 1925
Jacques WOLFF 1925 – 1934
Alfred GSCHAEDLER 1934 – 1936
Roland DUBOIS 1937 – 1938
Roger MEYER 1938 – 1939
Vacance du poste 1939 – 1945 (desserte assurée par le consistoire)
Armand SCHULZE 1945 – 1969
Edouard de ROBERT 1970 – 1986
Bruno HOLCROFT 1986 – 1997
Thierry MUHLBACH 1998 – 2003
Frédéric WENNAGEL 2004 –

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